70年前。。。。

我的印度游记还没写完,前不久公公居然提起他的祖父曾作为水源专家应邀前往印度,那是三十年代的事,而曾祖父当时已经70高龄,作为Maraja的客人,他亲身经历了印度皇家生活,读他的日记,仿佛置身一部老电影。。。巧的是我的公公叫François, 婆婆叫Cécile, 而曾祖父也叫François, 并且娶了一个Cécile….

C’était au mois de Juillet 1935. Notre vie se poursuivait à la campagne monotone et sédentaire. Rien ne semblait devoir en modifier la tranquillité.

            Une lettre d’un cousin de Londres (Etienne Bellenger sans doute) fut la première étincelle d’une aventure qui devait être rayonnante d’intérêt et de vie nouvelle.

            Voici ce que disait cette lettre : François accepterait-il d’aller aux Indes faire une prospection chez un Maharadjah.

            A ce moment et depuis 6 ans la radiesthésie m’intéressait passionnément, mes recherches m’avaient amené à une grande sensibilité et la prospection sur plan n’avait plus de secret pour moi. Quelques succès chez des amis ou des paysans m’avaient valu quelques sympathies autour de moi, en dehors des officiels.

            Après avoir souri de cette proposition, ma femme répondit mon acceptation de principe. Mais il m’était difficile de prendre cela au sérieux. D’autres préoccupations nous prenaient tout notre temps.

            Quel rêve irréalisable ! Aller aux Indes à 70 ans ! Folie ! Mais enfin les voyages forment la jeunesse.

            Et cela fut, et même très vite.

Une rencontre à Paris avec M. Cartier qui écouta mes explications. Un déjeuner à Londres avec le Maharadjah de Nawanagar. Homme d’une intelligence très supérieure.

            La confiance absolue de celui-ci et aussitôt je me mis au travail. Deux mois de prospections acharnées sur les plans envoyés des Indes. Puis insistance pour partir le plus tôt possible en raison de la saison qui ne permet un travail aux Indes que jusqu’en Mars.

            Adieux à la famille. N’oublions pas toutefois avant, la charmante réunion d’adieux chez notre parfaite amie Mme Ch… où je suis comblé d’attentions. Quelle douceur d’être entouré de sympathies au moment d’un grand éloignement. Cela fait du bien de le constater.

            Gare de Lyon, train pullman, famille, chapeaux, mouchoir, Adieu.

            Arrêt à Toulon ; 1ère étape, charmant accueil.

            Puis Kayser I Hing – le  … (Décembre 1935)  au soir, larguez les amarres et vogue la galère pour la grande expérience.

 

Vendredi.

 

            Le premier contact avec ce paquebot fut assez décevant. Mes enfants de Toulon qui m’y avaient accompagné y prirent avec moi mon premier repas.

            Pas un steward ne parle français, le menu très ordinaire.

            Le temps gris donne à cette dernière réunion un caractère de grande tristesse.

            Enfin les enfants partis, je fumais quelques pipes avant de gagner ma cabine afin de prendre avant le départ la position horizontale plus propice que toute autre à m’éviter un mal dont je sens généralement les atteintes avant le passage du Château d’If.

            Au réveil, surprise, on me remet des lettres à mon nom. Une attention de ma femme m’envoyant sa pensée de Paris. Une autre de M. Cartier me disant qu’une nurse suédoise pour laquelle quantité de démarches avaient été faites n’avait pu s’embarquer. Opposition des Anglais qui la croyaient Hindoue.

            Puis le dimanche matin je reçois un Marconi signé Maxju (Maxime et Juliette) qui m’a mis en contact immédiat et bien agréable avec les expéditeurs.

 Il était 8 heures du matin; comme nous avons gagné ½ heure et qu’il a été déposé à 7 heures, il m’a été remis dans la ½ heure de l’expédition.     

            La traversée est facile. Hier matin j’ai fait la connaissance de deux voyageurs français, un agent général pour divers Maharadjahs, intermédiaire pour tous fournisseurs, depuis le joaillier jusqu’aux tailleurs de ces dames les Maharanés. Il est très documenté sur la vie aux Indes. L’autre représentant Moser et commandeur de la Légion d’Honneur va porter à un maharadjah 3 rhododendrons exceptionnels d’âge et de beauté ! Peut-être doit-il aussi dessiner un jardin.

            Par précaution je ne quitte guère mon fauteuil. Temps bouché, mer sale et agitée ; ce matin nous allions aussi vite que les lames mais plus maintenant. De temps en temps une table guéridon se renverse à grand fracas dans le salon avec ce qu’elle porte, du matériel roule sur le pont. On a mis les cadres à table et ce sont de grands éclats de rire quand la vaisselle d’un côté de la table va se mélanger avec les couverts d’en face.

            Oh  surprise, j’ai le pied marin, de l’appétit et tout va bien !

            En face de moi une dame aimable parle assez bien le français pour échanger des idées, des observations et des souvenirs. C’est bien précieux.

            Beaucoup d’officiers avec leur famille, des fonctionnaires, des enfants, des chiens.

Le soir mon smoking est tout prêt sur mon lit ; c’est un plaisir de s’habiller dans ces conditions.

La nourriture me convient très bien. Encadré à table par deux dames. Le temps se passe sans histoire entre la lecture, la pipe et les repas.

L’escale à Malte se fait de nuit, cela me permet de rester jusqu’à 2 heures du matin sur le pont. Il pleut ; on distingue une silhouette bien connue avec ses lumières. Sous les projecteurs du bord les embarcations de marchandises chargent les barques qui dérivent chargées de voyageurs. Du haut du pont elles semblent des insectes aquatiques munis comme les gondoles d’un appendice vertical portant une lanterne.

La traversée est franchement mauvaise. A table, cascade de vaisselle : le tour du salon est plein de verres cassés, de porte-allumettes en miettes, d’allumettes dispersées. Les sièges basculent, à un moment je vois cent tasses à café préparées sur une table glisser d’un bout à l’autre et tomber au bout.

En cette minute même, une dame, grande, culbute avec son fauteuil les pieds en l’air, 3 ou 4 messieurs se tiennent autour, immobiles, leur manque d’équilibre les empêche de porter à l’infortunée une main secourable.

C’est une sarabande de tous les meubles et on n’est tranquille que dans un fauteuil bien arc-bouté. A table les sièges sont enchaînés. Incapable d’écrire. Heureusement je n’ai pas du tout le mal de mer. La mer est tantôt bleu foncée tantôt marbrée de blanc, tantôt grise avec les crêtes des vagues qui s’en vont en fumée.

J’ai maintenant des tas d’amis et d’amies. J’ai été interpellé à table à trois places de distance par quelqu’un qui me dit : Vous connaissez  M.Bellenger ; c’est mon meilleur ami.

J’ai des voisines à table charmantes parlant assez français pour pouvoir causer, de vieux messieurs très aimables ; une adorable lady irlandaise très grande rieuse, non flirt, qui va rejoindre son mari officier de cavalerie au Caire où elle vient de m’inviter. On se propose des introductions auprès de tous les Maharadjahs. J’ai des amis dans l’armée, la magistrature, bref ne disant pas un mot d’anglais, j’ai des conversations à n’en plus finir pendant que le bateau roule et que toute promenade sur le pont, toute table à écrire sont proscrites, impossibles.

Je suis ici le monsieur invité par un Maharadjah, sans programme, sans durée de voyage, passant ses soirées en smoking avec des dames en belles toilettes sur une balançoire que giflent les embruns.

 C’est vraiment original.

 

 

Port-Saïd.

 

Cette escale a été empoisonnée par la poussière du charbon qui m’a contraint à fuir le bord et à parcourir sans aucun plaisir cette ville où l’écœurante exploitation du vice se fait comme autrefois sous le harcèlement d’indigènes qui parlent toutes les langues et ne vous lâchent qu’avec les plus grossières injures et les plus mauvais regards qu’on puisse imaginer.

Puis le canal, la nuit ; j’y ai tenté quelques expériences qui me tenaient à cœur pour voir s’il y avait des courants allant de l’Himalaya vers l’Afrique ; après quelques résultats bien nets, j’ai été si entouré et pressé par la curiosité des voyageurs trop heureux d’avoir quelque chose à regarder pour rompre la monotonie du voyage, que j’ai dû renoncer.

Nous voici dans la Mer Rouge ; ventilateurs, vêtements blancs de l’équipage, installation de la piscine où se plongent avec délices les insulaires des deux sexes. Cependant rien d’excessif dans la température.

J’arrive à échanger quelques conversations sérieuses et beaucoup de causeries toujours en français. Le soir cinéma sur la vie et la chasse aux Indes.

Une multitude de repas. Je n’en use pas et supprime le breakfast de 8 heures et tous les gigantesques accessoires. La rencontre de bateaux est un événement rare ce qui surprend en raison de la guerre italo-abyssine.

Un télégramme de France à Aden ; quelle joie.

A l’escale la compagnie a fait distribuer un prospectus sur les curiosités à voir ; une excursion est organisée pour les deux heures d’escale qui permettent le ravitaillement du bord.

Aden est un volcan dont le cratère extraordinairement dentelé et interrompu ferme la rade en bordure du désert. Les réservoirs ou tanks sont au fond d’une gorge si fermée, si abrupte, si sauvage, qu’on pense : « Ah lasciate agri speranga ». Sur les pentes noires, sans une herbe, l’eau tous les sept ans glisse et tombe dans une série  d’énormes cellules qui coupent la vallée étranglée, avec des escaliers descendant au fond de chacune. La mémoire des hommes a perdu le nom du créateur de ces réservoirs. Un petit musée contient des silex taillés, des coquillages, et des pierres gravées cunéiformes  ou orientales dont l’attribution les fait remonter à 2000 ans avant J.C. Descendu du haut de cette gorge  noire traversant au bas de la montagne les quartiers arabes, européens ou autres, avec les aspects bien communs des bazars, ce fut ensuite la plaine, marais salants, camps anglais avec les jeux habituels, puis l’immense plaine basse de l’Arabie avec de maigres broussailles basses, clairsemées, les files de chameaux attachés par la queue, les voitures à deux roues attelées d’un dromadaire squelettique, un camp de bédouins, puis un policeman et son bâton impératif qui montre la limite de la « possession anglaise ». Des jardins comme à Tripoli, remplis de fleurs avec de frais ombrages et entretenus grâce à un puits artésien qui alimente les rigoles d’irrigation. Il y a en outre deux fontaines d’eau chaude.

Dans la rade la masse des bateaux de guerre, torpilleurs et destroyers, même un navire français Leconte de Lisle. Quelle rareté et comme nous aimerions en  voir davantage.

D’après les nouvelles venues de la Côte des Somalies par des officiers anglais, il semble que les italiens soient virtuellement vaincus : démoralisation totale, maladie, les fusils et les tanks inutilisables par défaut d’entretien et boue……enfin, en résumé, les officiers anglais estiment que les italiens vont à un désastre.

Les relations à bord augmentent en nombre, mais non mon bagage linguistique.
Amabilités mondaines agréables, superficielles, rares interlocuteurs pour conversations sérieuses et sincères. Des dames, costumes de bain des plus variés, chaque jour, bien collants, pantalons longs, des robes aussi quelquefois !

 

 

La vie à bord commence après le dîner, quand les femmes apparaissent bien épilées dans leurs beaux atours ; grandes toilettes, décolletages jusqu’aux vertèbres caudales, la robe

tenue devant par un collier laissant les épaules et les bras libres, et le dos entièrement nu.

Smoking chez les hommes, cigarettes chez toutes les dames, pipe chez les messieurs. Le soir, danses, cinéma, concerts ; Des consommations à toute heure, hommes et femmes, whisky ou cocktails.

Le jour deck-tennis et jeux divers, quelques rares lecteurs. Quantité d’enfants depuis le premier age, cantonnés dans de vastes régions ; tout le monde à l’aise … Le temps est couvert aujourd’hui, quelques petites ondées, (c’est la septième année d’Aden) un peu de mousson, ce qui gène légèrement pour écrire.

Les derniers jours de traversée vont s’écouler comme les précédents sans histoire. Je relis les livres emportés. Je bavarde avec une dame extrêmement obligeante, femme d’officier parlant bien français. Sa fille parle allemand. Une jeune fille amie inséparable, ravissante ne parle qu’anglais ; fille d’un croisement de brésilien avec une américaine elle a opté à 21 ans pour la nationalité anglaise, étant née et élevée en Angleterre. Bien faite, brune, beaux yeux, figure ronde, au teint de blonde, mince, plate mais toujours admirablement propre de la peau et des dents comme les anglaises.

Je cause sérieusement avec un ancien magistrat, un ancien avocat qui va faire une visite à son frère à Calcutta, un hollandais mathématicien qui s’en va aux Indes néerlandaises par le chemin des écoliers, et quelques autres plus jeunes d’entrain toujours obligeants, parmi lesquels l’excellent ami d’Etienne, simple, cordial, bon enfant, type physique et intellectuel d’Etienne, dont il vante la « grande habileté » en affaires.

 

Entre l’Arabie et les Indes.

 

            La navigation s’achève très reposante. La mousson creuse un peu les vagues bleu foncé et le paquebot fait envoler des bandes de poissons volants qui s’éparpillent sur cent mètres. La houle passe comme une onde en laissant sur place les paquets d’écume blanche qui fleurissent la cime des vagues sur le bleu sombre.

            En ce moment par cette douce température, on s’allonge dans les fauteuils, on somnole, on dort. Le pont est aux enfants de tous âges qui s’en donnent gentiment. J’ai passé la soirée dernière à deviser avec de jolies jeunes filles. L’une d’elles, 18 ans peut-être, s’en allait aux Indes, puis en Chine, toute seule, et tout tranquillement, sans l’idée d’un risque. A table, tout à l’heure, une délicieuse jeune femme blonde, au profil fin, que j’avais remarquée pour son regard si suave s’est mise à causer avec moi en français ! Jusqu’ici je n’imaginais pas qu’elle sût autre chose que l’anglais. Elle connaît Jamnagar et m’a donné de précieux renseignements sur le grand intérêt de cette ville et la parfaite qualité de l’hospitalité du Maharadjah. Un colonel, des tas de gens, hommes et femmes entreprennent avec moi des bavardages en français. Je ne suis pas du tout isolé.

Voilà notre dernière journée de bord qui s’est terminée par une nuit de bal, d’excitation et de joyeuses réunions entre tous les passagers qui si intimes quelques jours devaient pour la plupart ne plus se revoir.

Les adieux sont toujours empreints d’une certaine mélancolie, la volonté est formelle de ne pas laisser tomber ces liens si fraîchement noués, mais le temps est plus fort et bien rares sont ceux qui se renouent. De touchants adieux sont échangés avec les gentilles petites anglaises. Deux familles et quelques hommes et femmes me laissent un souvenir particulièrement cordial.

 Cinq cent passagers vont se séparer

 

 

Bombay

 

Par beau temps, entrée dans la rade qui rappelle celle de Brest mais plus montueuse. Bombay s’étend à plat. Voici le pilote qui inaugure les formalités d’usage. On commence à monter à bord, lettres, passeports, change, les bagages se préparent, on regarde la ville, les quais, la douane.

Deux petits princes hindous de 8 à 10 ans sont rejoints sur le pont ; on leur met d’immenses turbans sur la tête, une énorme guirlande de fleurs au cou, un bouquet à la main, ils sont tous fiers. Bientôt je suis rejoint par l’envoyé de Maharadjah, hindou, parlant admirablement le français. Il excuse  le souverain de n’être pas venu au devant de moi, étant pris par l’annonce de la venue du Vice-Roi et les instructions à donner en conséquence, puis fait avancer un homme et me met au cou une guirlande de fleurs magnifiques, d’un mètre de haut, un bouquet à la main de roses et de jasmins, de filés d’argent, et je descends gravement, avec l’aisance de d’habitude vers la puissante auto grise qui me conduit au Taj-Mahal Hôtel.

Mes bagages, par enchantement, se trouvent l’instant d’après dans la spacieuse chambre que j’occupe sur la mer avec au premier plan, la porte monumentale, entrée des rois.

Cet hôtel est un palais ! Des murs d’un mètre cinquante d’épaisseur. Des salles si grandes et si fraîches, la salle à manger en particulier,  que je désespère d’en construire de semblables à St Léonard. Le rajah d’Indore déjeune avec son cercle à la table voisine. La maharané est d’une grande beauté. En ce moment je fais la sieste avant le thé et la promenade, mais à chaque instant on me téléphone dans ma chambre : c’est un passager ou un autre, c’est le Maharadjah en personne qui me souhaite la bienvenue…….

Son représentant, qui m’attendait depuis hier, a réglé tous les achats de ce matin, se charge de toutes les dépenses.

Vraiment les Indes m’attendaient- Oh Dumas, tu es éclipsé.

L’hospitalité magnifique de Jam Sahib de Nawanagar est proverbiale, elle est comme affectueuse. En réalité je m’en aperçois dès que j’ai mis le pied aux Indes, et cette réputation ne se démentira pas.

Je prends le train ce soir pour arriver demain soir à Jamnagar. La ville de Bombay récente est magnifiquement construite, ses allées de cocotiers, ses jardins ne me retiendront pas : dimanche il y a inauguration par le Jam Sahib( Maharadjah)) et je dois y assister

Mais auparavant une promenade dans la ville. L’auto qui m’amène à travers Bombay, suit de larges rues admirablement propres (même commerce dans chacune) bordées de hautes maisons de style oriental, chacun observe le signe des agents rigides aux carrefours, qui régissent la circulation sous une vaste ombrelle fixée dans un baudrier. Le turban est leur coiffure. Les passants, européens, parsis, hindous, musulmans, se reconnaissent au turban, au fez, à la vaste redingote plus ou moins longue, à la jupe qui sépare les jambes chez la femme comme chez l’homme hindou. La religion, fondement de la vie les sépare ; l’hindou ne consomme aucune chair animale, la vache pour son lait est sacrée et circule librement, respectée. Le parsis n’a pas de restrictions. Il adore le feu, entretient la flamme, le musulman ne prend ni alcool, ni viande de porc. Quand une musique hindoue se fait entendre en passant une mosquée, devant ce sacrilège les musulmans vont jeter de la chair dans un temple hindou, et c’est le début d’une bagarre, d’une bataille.

            De magnifiques allées ombragées conduisent à un point de vue qui domine la rade au milieu de la verdure. Les corneilles à manteau gris sont familières. D’énormes vautours planent et tournent sans cesse tout auprès.

Un chemin de roches fleuri et ombragé conduit à une excavation où se tiennent solitaires et pour n’en jamais sortir deux hommes dont la barbe tombe par terre aussi loin que peut la faire tomber la nature. Ile reçoivent les corps des parsis décédés et les étendent : c’est le cimetière. Les vautours font le reste.

            Un peu de marche à pied le long de la mer, la nuit venue, au milieu des indigènes de races diverses, sous les arbres du quai, puis l’auto me ramène au Taj-Mahal Hôtel où je retrouve dans le grand hall divers passagers et passagères amies. Puis après le dîner, dès le soir de l’arrivée, je gagne l’une des deux grandes gares. C’est un mouvement énorme à la veille de Noël. Cependant devant le wagon où m’attend un serviteur envoyé par le Maharadjah, quelques hindous ou musulmans dont j’ai fait la connaissance, viennent me saluer et me mettre au cou trois grandes guirlandes de fleurs, aux mains trois bouquets et je prends possession du compartiment où tout est préparé, couchette, draps, épaisses couvertures, serviettes, il ne manque à la toilette qu’une baignoire, mais il y a des fruits, Evian et Soda pour la route.

Le trajet d’une nuit et d’un jour comporte deux changements. Je dispose pour le jour d’un compartiment plus spacieux avec deux divans, deux fauteuils, dix fenêtres, volets, vitres, grillages contre les moustiques, et les ventilateurs habituels. Thé et repas dans le compartiment ou préparés suivant l’heure aux stations.

 

Jamnagar

 

Aspect des paysages : d’immenses étendues à peine mouvementées bien plantées de coton qu’on récolte ou de blé déjà enlevé, d’autres plus désertiques, parsemées d’arbres et de buissons de cactus, parfois un oasis de palmiers et de riches végétations au bord du lit partiellement desséché d’une rivière. A trois reprises j’ai vu des paons à petite distance comme les faisans de nos environs Rigoureusement respectés, ils restent à l’écart fièrement. Deux antilopes à la nuit tombante regardent et gagnent quelque verdure. Dans ces vastes espaces l’eau est rare, les habitations fort écartées. Il arrive parfois qu’à la nuit les fauves y circulent : malheur à celui qui est vu, il n’a plus de ressources. Ces vastes solitudes sont le jour  animées de loin en loin par de grands troupeaux de moutons à tête noire, de chèvres ou de bêtes à cornes grises, jaunes, différemment et parfois hautement encornées, ou noires : ce sont les buffles dont la corne descend pour remonter en spirale. Leurs femelles donnent le meilleur lait, le meilleur beurre. Les mâles servent de bêtes de trait pour monter l’eau des puits ou traîner les charrettes ; animaux sacrés ils ne sont jamais utilisés pour la boucherie.

            A l’arrivée à Jamnagar, le colonel frère du Maharadjah m’attend. Il me passe au cou une superbe guirlande de jasmins coupés de roses, comme un chapelet avec un filé d’or et d’argent que je dois conserver. Je dis une guirlande, il y en a trois : chacun s’incline, joint les mains près du front. L’auto nous conduit au club. Le Maharadjah est là, une musique, les invités hindous et anglais. Le Jam Sahib me fait asseoir près de lui sur son divan. Cinéma : le mariage de son altesse « éléphant , voiture d’argent,, les porteurs des présents de noce, la foule, la multitude, revues ». C’est moi, c’est moi, me répétait le Maharadjah à chaque tableau nouveau.

            A neuf heures dîner avec son altesse dans un de ses palais. Smoking. Dans l’intervalle j’ai été conduit à ma résidence. Prata villa palace. Le Maharadjah m’a dit : ce palais est pour vous, pour vous, tout entier, allez partout, vous êtes chez vous. Il y a de belles peintures.

            Je pensais trouver quelque chose comme le pavillon d’Enghien auprès du Château de Chantilly. Mais Chantilly serait, je crois perdu dans ce palais. Une multitude de salons, nombre de galeries de plus de cent mètres de long. Ces galeries sont coupées de tapis de laine, de soie, de peaux de tigre groupées par huit. Aux murs des tableaux, des trophées de chasse……Après de lents parcours, un salon de peintures plus grand que celui de Chantilly. Salle du trône, de danse, salle à manger. C’est là que je dîne avec le frère de S.A. qui ne me quitte guère. Je déjeune au palais à la table du Maharadjah à la place d’honneur à ses côtés, menu mi-européen mi-hindou, avec les ministres les invités.

          

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